Brésil : lancement d’un bouton de panique pour les femmes (Journal Liberté)


04.02.13 - Antonio Cosme - Entrega botão do pânico (23)

Article publié dans le journal Liberté

L’État d’Espirito Santo compte le plus grand nombre de femmes assassinées au Brésil. Selon l’institut Sangari, en 2012 on enregistrait 9,8 homicides de femmes pour 100 mille habitants. Dans ce classement macabre, le Brésil occupe la 7e place parmi 87 pays recensés par l’ONU.

Ce n’est donc pas un hasard si le Tribunal de justice d’Espirito Santo a décidé de lancer le 15 avril un outil qui fera la différence dans la protection des femmes victimes de violence.

Le dispositif de sécurité préventive (DSP) appelé bouton de panique a été présenté dans la salle plénière du tribunal, en présence des représentants de la société civile, des responsables politiques, des professionnels de la sécurité publique et du pouvoir judiciaire.

Trois des dix femmes initialement choisies pour recevoir le bouton de panique se sont présentées à la solennité. L’une d’elles, M. 36 ans, n’a pu retenir ses larmes lorsqu’elle a reçu des mains du président du tribunal le précieux dispositif.

“Ce sont 16 années de souffrance. J’ai été battue par mon ex-mari. Il a été arrêté et emprisonné après voir tenté de me tuer avec un tournevis. Après deux ans et sept mois de prison, il venait me menacer sur mon lieu de travail et a fini par m’attaquer dans un supermarché. Pris en flagrant délit il a été de nouveau arrêté. Aujourd’hui, il est libre et continue de me menacer, en dépit des mesures de protection judiciaires. Avec ce bouton de panique, je pense qu’il n’aura plus le courage de s’approcher de moi ”.

Dans une salle attenante à la salle plénière, Priscilla, une étudiante en droit de 21 ans, est soumise au feu des questions des journalistes. À l’évocation de son lieu de résidence, les journalistes relèvent son profil atypique. Pas de doute, l’élégante jeune femme est issue d’un milieu aisé de la capitale, Vitoria. C’est sans appréhension et en dépit des risques encourus qu’elle s’exposera aux photographes et aux caméramans. Le lendemain, son visage fera la une des médias locaux.

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© Mehdi Cheriet

Neuf mois après la séparation, son ex-compagnon l’a agressée à proximité de son domicile. “Il n’a jamais été très doux, mais pas non plus agressif, il s’est révélé quelques mois après notre séparation. Le premier mois, il a commencé par des pressions psychologiques. Il me menaçait de mort si je ne revenais pas avec lui. Il me suivait partout, me surveillait en permanence. J’étais l’otage d’une situation désespérée. Jusqu’au jour de l’agression”.

Priscilla a eu droit à une mesure de protection d’urgence peu après avoir dénoncé son agresseur à la police. “Je suis heureuse d’avoir pu bénéficier de ce dispositif. Ce mécanisme arrive au bon moment, pour moi et pour tant d’autres victimes. Le bouton de panique va inhiber l’agresseur et protéger les femmes menacées ainsi que leurs proches”.

Vitoria, la capitale de l’État d’Espirito Santo, sera la première ville à tester ce projet pilote.

Toutes les femmes qui se trouveront sous la menace d’un agresseur soumis à une interdiction d’approcher pourront actionner le bouton de panique. Le temps de réaction de la police ne devrait pas dépasser dix minutes selon les autorités.

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© Mehdi Cheriet

Comment fonctionne le bouton de panique ?

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Une fois actionné, le bouton de panique permet à un centre de contrôle lié à la garde municipale de Vitoria, d’écouter, d’enregistrer et de localiser par GPS la potentielle victime. Tous les enregistrements audio sont conservés dans une banque de données mise à la disposition de la justice.

Quatre patrouilles Maria da Penha (nom de la loi relative à la violence familiale) spécialement crées pour agir contre ce type de crime seront opérationnelles.

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Cet outil discret coutera 80 réais l’unité (environ 30 euros). Afin d’éviter les déclenchements intempestifs, l’utilisatrice aura à maintenir le bouton appuyé durant 3 secondes pour donner l’alarme.

La distribution des boutons de panique obéit à des critères bien précis. Les victimes qui recevront le l’équipement par le biais d’une ordonnance de protection judiciaire seront informées sur le fonctionnement et les conséquences qu’induit l’utilisation du bouton de panique.

Le président du tribunal de justice, Pedro Valls Feu Rosa, a souligné lors de la conférence de presse que l’idée était de créer un mécanisme de prévention qui inhibe la violence. “Avec ce projet pilote, nous voulons faire beaucoup mieux que combattre le crime, nous voulons le prévenir”.

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© Mehdi Cheriet

Les autorités judiciaires prévoient de distribuer 100 unités jusqu’à la fin du mois d’avril et d’étendre le dispositif aux 4500 femmes qui bénéficient de mesures de protection judiciaires dans l’État d’Espirito Santo. S’il aboutit à des résultats probants, d’autres États de la fédération brésilienne adopteront le bouton de panique.

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