Un modèle de justice


Francisco Cembranelli

Le procureur Francisco Cembranelli, pourrait jouer son propre rôle dans un polar hollywoodien. Il en a le physique et le bagou.

Cembranelli, a déjà montré son talent lors de la très médiatique affaire Nardoni, qui a vu condamner en 2010, les parents de la petite Isabella pour infanticide.

Avant sa consécration cathodique, le procureur avait participé à plus de mille jugements avec un taux de réussite approchant les 98%.

En 2004, il avait réussi à faire condamner trois policiers militaires impliqués dans un homicide. En 2011, il tentera à nouveau de faire condamner, dans un procès à haut risque, des policiers impliqués dans un groupe d’extermination.

Dans un pays miné par la corruption et l’extrême violence, ce jeune procureur fait figure de héro implacable.

Lorsqu’il vit le jour, en 1961 dans la région de Sao Paulo, son papa officiait alors comme commissaire de police avant de faire carrière, comme sa progéniture, dans la magistrature.

Avant de faire du droit, Francisco Cembranelli, avait tenté l’océanographie, en vain, il fut recalé à l’examen d’entrée.

Son univers c’était la mer, la plongée, le surf et le romantisme insouciant qui l’accompagne. Après un moment de flottement, il fut convaincu par son père et ses amis de la profession, d’épouser la carrière de procureur. C’est surtout la dimension sociale qui fut mise en avant. Le procureur n’est pas seulement celui qui accuse, mais celui qui défend la société. Cet argument a décidé de son destin.

Comme tous les héros, Francisco Cembranelli a une cicatrice, la sienne est inscrite sur son visage télégénique. Son œil gauche, plus petit avec la paupière tombante, est la séquelle d’une chute dans une cuve à chaux lorsqu’il avait deux ans. Un ouvrier présent sur le chantier l’avait sauvé de la noyade.

Certains thérapeutes ne manqueront pas de dire que ce traumatisme a forgé sa personnalité.

Voici quelques extraits traduits de sa longue entrevue publiée dans l’excellente revue Cult.

Le nombre de recours permis par la justice brésilienne est absurde, non ?

Notre code de procédure pénale, qui réglemente tous les recours, date des années 40. A cette époque on roulait en tram. Notre code de procédure pénale a été taillé pour une époque qui n’existe plus. Nous sommes à l’ère d’internet, de l’iPad, d’un monde globalisé, où tout le monde a accès à l’information. Dans les années 40 on ne parlait pas du PCC (Primeiro Comando da Capital, organisation criminelle qui sévit surtout dans la région de Sao Paulo), de groupes d’extermination, de consommation de crack. Personne ne parlait de trafic de drogue. A cette époque, la pluart des crimes concernaient les vols de poules et les vols à l’étalage. De temps à autre apparaissait un crime important comme celui du « crime à la valise». Un citoyen avait dans les années 30 découpé sa maitresse. Placé les morceaux dans une valise, qu’il avait ensuite jeté dans le port de Santos. Aujourd’hui, seulement dans la Zone Nord, chaque procureur doit traiter de 600 à 700 procédures pour homicides par an. Personne ne s’étonne plus de voir des scènes de guerre civile, comme celle que l’on a pu voir récemment à Rio de Janeiro.

 

 

Il n’existe pas de cas insolubles, comme les psycopathes qui tuent sans raison ?

Dans ce cas précis, la législation est un peu plus sévère. Aujourd’hui, une personne qui commet un crime grave, purge une petite partie de sa peine et récidive aussitôt. Je m’aligne également sur ceux qui refusent d’être bienveillants envers les petits délits. Si vous permettez à de petits trafiquants d’échapper à la loi, vous les incitez à continuer dans cette voie.

Certains segments de la société défendent la décriminalistation des drogues…

En réalité, ils considèrent le système carcéral comme un échec. Nous devons lutter pour l’améliorer. Mais ils veulent à tout prix se libérer de ce système et mettre à la rue des personnes qui commettent des crimes graves.

Vous êtes en faveur de la peine de mort ?

Non. Dans les pays qui ont appliqué la peine de mort, il n’y a pas eu de diminution de l’indice de violence. Pour moi, la peine de mort n’est qu’une forme de vengeance. Je n’y vois aucun bénéfice. C’est une barbarie. C’est une manière d’économiser pour les autorités, car un prisonnier coûte cher à la société.

Et la prison à perpétuité ?

Même aux Etats-Unis, la peine n’arrive pratiquement jamais à la perpétuité. Après un certain temps, et en tenant compte du comportement, le prisonnier fini par être réinséré dans la société. Je défends la punition exemplaire pour celui qui enfreint gravement la loi. Si vous diminuez la violence, vous construisez une société plus civilisée. Non pas en imposant des sanctions élevées, mais en donnant le sentiment au criminel qu’il sera rattrapé par la loi. Cela ne se produit pas au Brésil. La plupart des crimes restent impunis. C’est cela qui engendre la violence.  A chaque élection, nos gouvernants disent vouloir mieux équiper la police. Ce n’est pas un facteur déterminant pour diminuer la violence. Cela ne se produira que si l’on donne la certitude au criminel qu’il sera responsabilisé par la loi. Ce qui n’est pas encore arrivé au Brésil.

Une peine maximum de 30 ans est suffisante ?

C’est assez long. Le problème est que ces 30 ans vont se transformer en un maximum de 12, 14, 15 ans. Je vais citer le cas de Daniela Perez. Les auteurs du crime ont été condamnés, par la justice de Rio, à une peine de 19 ans et six mois. Ils ont purgé une peine de six ans. Voyez comme la vie ne vaut pas cher pour cette législation. Pendant ce temps la mère a été condamnée à vivre éternellement sans sa fille. La loi d’exécution pénale, qui accompagne le code de procédure pénale, doit être perfectionnée et doit appliquer les peines de façon plus rigoureuse. Nous devons aussi équiper la police de manière à ce que les investigations soient bien menées. C’est primordial pour arriver à un résultat. Les enquêtes bien menées sont les bases d’une accusation solide. La structure du pouvoir judiciaire a besoin d’être améliorée pour accélérer les procédures et donner une réponse à la société. La façon dont est présentée la réforme du code de procédure pénale donne beaucoup de droit aux personnes responsabilisées criminellement. Nous allons rester pieds et poings liés ? Que va-t-il se passer ? La société plongera un peu plus dans le désarroi et vivra avec un sentiment d’impunité. Sentiment déjà très présent.

Vous qui avez condamné des policiers militaires, vous n’avez pas peur ? Vous circulez avec une escorte, une protection rapprochée ?

Je ne veux pas parler de ça. La peur est un sentiment qui ne doit pas faire partie du quotidien d’un procureur, ou alors il vaut mieux changer de métier. Le Ministère Public défend les intérêts de la société. Il peut jouer un rôle dans le secteur de l’environnement. Il existe des procureurs qui sont chargés de responsabiliser les pollueurs. Le jour où j’aurai peur de travailler aux assises je demanderai une mutation pour le service de l’environnement.

Avec plus de mille jugements, vous avez obtenu combien de condamnations ?

J’ai fait 1093 jugements d’assises. Je ne suis pas tenu d’accuser, je ne le fais que lorsque je suis convaincu de la culpabilité de l’accusé. Si je n’arrive pas à réunir les preuves qui attribuent la responsabilité du crime à un citoyen, je demande l’acquittement. Je l’ai fait à plusieurs reprises. Le procureur ne demande pas la condamnation mais la justice. Je suis en charge de trouver le meilleur pour la société et de donner des réponses satisfaisante à ceux qui attendent tout d’un procureur.

Etes-vous en faveur des interrogatoires et des audiences par visioconférence ?

Seulement dans les cas exceptionnels. L’idéal est d’avoir le prévenu et les témoins présents lors de l’interrogatoire. Sinon vous perdez les mouvements du visage, des yeux. Tout peut indiquer une chose. Je suis super détailliste. J’aime le contact.

Ce langage corporel influence t-il votre jugement ?

Oui. J’étudie les expressions du visage et le mental. J’aime voir les réactions et le comportement de l’accusé quand je pose une question. Observer le mouvement des mains lorsqu’une personne répond à une question délicate. Ce contact personnel est extrêmement important.

Vous êtes aussi célèbre qu’une pop star, cela vous satisfait ?

C’est exagéré. On finit par l’apprécier uniquement parce qu’une affaire est mieux divulguée. Je n’ai jamais eu besoin de ça pour me motiver. Avant le cas Nardoni, j’avais traité plus de mille jugements. J’aurais déjà pu être promu. En réalité, j’ai toujours été timide.

Source : Cult (février 2011)

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