Dilma 2011


Nous sommes le 1er janvier, Dilma  doit entrer en fonction avec tout l’apparat qui caractérise une investiture présidentielle.

Je me suis promis d’assister à ce rendez-vous historique.

Pour cela, il est impératif d’être aux premières loges.

Selon les journaux, Dilma doit  partir de la cathédrale à 14 heures direction le Congrès.

Sur le chemin qui mène au point de départ, je croise toutes sortes d’uniformes. Du trouffion à l’officier de sécurité.

© Mehdi Cheriet

Pompiers, militaires, policiers, militants, gardes du corps, tout le monde est sur le pied de guerre.

© Mehdi Cheriet

Des cavaliers, les dragons de l’indépendance, s’exercent près de la scène.

© Mehdi Cheriet
© Mehdi Cheriet

Les hélicos tournoient, les snipers sont positionnés sur les toits des ministères, rien n’est laissé au hasard.

L’ambiance bon enfant contraste avec la solennité de l’événement. Un homme moustachu distribue des fanions du Brésil. Je suis gourmand, j’en prends quatre.

Un autre militant distribue des autocollants de Dilma en forme de cœur avec son numéro porte bonheur, le 13, celui de sa candidature.

Je le colle sur la poitrine, du côté gauche bien sûr. Me voilà équipé pour me fondre dans la masse.

Une foule compacte est déjà agglutinée aux barrières de sécurité. Les plus malins ont apporté des marchepieds en inox, des chaises en plastique, des échelles. Ce sont des photographes professionnels, habitués à ce genre d’événement.

© Mehdi Cheriet

Je n’ai pensé à rien, pas même au parapluie. En réalité, j’ai juste un appareil photo.

Vais-je pouvoir prendre une photo avec ces drapeaux géants et ces fans qui me bouchent la vue ?

Je me tourne, histoire de trouver une vue imprenable, les arbres sont occupés par les plus téméraires.

On ne loue pas non plus d’escabeaux. A peine des impers en plastique sur un stand improvisé.

Tout le monde grimpe sur les barrières pour voir la scène.  Trouver une solution vite.

Je choisis une jeune militante du PC do B (Parti communiste du Brésil), menue avec un fanion rouge, voisine d’un gringalet. Elle me donne de l’espace pour tirer le portrait de la Presidenta. Je me faufile l’air de rien.

© Mehdi Cheriet

14h10, pas l’ombre d’un chef d’Etat. Le soleil de Brasilia, me brûle les joues et le crâne. Ah !

Mes voisins, se donnent des tuyaux pour suivre l’événement au plus près. Il semblerait qu’en face, il y’ait moins de monde, mais la Rolls est positionnée pour passer de notre côté.

© Mehdi Cheriet
© Mehdi Cheriet

14h20, je sens un frémissement dans la foule. Des cris annoncent la venue de Dilma. Au même moment le ciel tourne au gris, les nuages se font plus épais et une pluie tropicale, que dis-je, une trombe d’eau s’abat sur nous. Tout va très vite, le camion des photographes démarre, les gardes du corps se mettent à courir en faisant de grands gestes. Vient la Rolls, enfin une forme noire, puisque des gouttes dégoulinent sur mon visage.  Je ne vois plus rien, on me bouscule.

© Mehdi Cheriet
© Mehdi Cheriet

Pas grave, le mode rafale est enclenché sur l’appareil. Que se passe-t-il ? J’appuie sur le bouton et rien. J’ai compris, mais c’est trop tard. La vitesse d’obturation est trop lente. Comme un tireur dont l’arme s’enraye au moment crucial. Je reste interloqué.

Il faut réagir et vite. La foule se met à courir dans la boue et la pluie. Trempé jusqu’aux os, je suis la foule et parviens à rattraper le véhicule de la Présidente.

© Mehdi Cheriet

Je réenclenche le mode normal et prends quelques photos en mouvement.

© Mehdi Cheriet
© Mehdi Cheriet

 

Elles ne seront pas très belles. Ce n’est pas le plus important. Je réalise que dans ce type de manifestation, le plus intéressant n’est certainement pas l’officiel mais l’informel. Le public et non pas le cortège.

Mon appareil photo est mouillé. Mes documents officiels, l’argent et mon téléphone le sont également.

Peu importe.

Je me sens bien. La pluie nous a lavé l’âme. On se sent léger.

Un militaire installé au chaud dans un bus ouvre sa fenêtre et m’interpelle.

–       Vous ne voulez pas échanger ?

–       Quoi ?

–       Oui, vous ne voulez pas échanger. J’aurais préféré ne pas travailler aujourd’hui. Je vous donne ma place et je prends la votre.

Sourires.

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2 réflexions sur “Dilma 2011

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