Pepe Mujica


L’ex-guérillero des Tupamaros, José Mujica Cordano,« Pepe » Mujica, aujourd’hui Président de l’Uruguay, a accordé une interview intéressante à la revue Veja de cette semaine. En voici quelques extraits :

Vous regrettez d’avoir pris les armes ?

Nous avons commis beaucoup d’erreurs et avons aussi appris beaucoup. Si je suis ici aujourd’hui, c’est parce que j’ai pu conquérir quelque chose. En ce temps, nous pensions qu’il fallait juste accéder au pouvoir pour construire une société plus juste du bas vers le haut. Plus tard, nous avons compris que les choses n’étaient pas aussi simple, voire impossible. La véritable transformation politique se réalise par la voie démocratique, toujours du bas vers le haut.

Comme ancien guérillero, vous maintenez des contacts avec les brésiliens ?

Oui, avec les gens du PT et d’autres groupes.

Vous avez connu des membres du VAR-Palmares*, groupe auquel appartenait la candidate Dilma Roussef ?

Non. Mais quelques uns de mes compagnons uruguayens avaient des contacts avec des membres de ce groupe lorsqu’ils furent emprisonnés.

Y a t-il quelque chose de votre passé Tupamaro que vous conservez ?

Oui, je continue à avoir une vision socialiste. Du point de vue anthropologique, je crois que l’homme est un animal socialiste. Tout au long de notre histoire nous vivions dans des petits groupes qui ne séparaient pas ce qui était à l’un ou à l’autre. Quand il s’est agi d’implanter un Etat socialiste ce fut un désastre.

Pourquoi ?

On ne peut construire ce qu’il y a de meilleur dans des sociétés économiquement et culturellement pauvres. Il faudra le faire un jour, quand la population aura accumulé plus de savoir. Je peux avoir tort, mais j’aimerais que les personnes apprennent à être leur propre chef.

Ce n’est pas cela que le capitalisme permet justement de faire ? Que les individus soient maître de leur destin ?

Le problème est que dans ce système celui qui est le chef a des personnes qui travaillent pour lui.

Vous avez des employés dans votre ferme ?

Non. Je range ma chambre et lave ma vaisselle. Mon épouse coupe mes cheveux. Je vis en accord avec mes idées.

Le Président Chavez est socialiste ?

Il poursuit le socialisme, mais il est difficile de suivre ce chemin.

Pourquoi ?

Chavez est une personne de bonne volonté. Mais le Vénézuela a trop de ressources : Trop de pétrole et trop d’argent. Avec pour résultat une bureaucratie tellement grande que mama mia ! Je ne partage pas cette vision étatisante de l’économie. Oxala (Si dieu le veut) il aura de la chance.

Je ne comprends pas. L’intervention de l’Etat dans l’économie et dans d’autres secteurs est un des fondamentaux de l’idéologie de gauche. Ce n’est pas un paradoxe de se considérer socialiste et anti-étatique ?

L’étatisation est une solution qui a été abandonnée. Il s’agit d’une recette parfaite pour développer une bureaucratie oppressive. Je continue à être socialiste parce que je suis un adversaire de l’exploitation de l’homme par l’homme. Cela n’implique pas de défendre un grand Etat et une fonction publique hypertrophiée. Ce serait un désastre.

Vous dites que les pays pauvres ne peuvent être socialiste. Ensuite vous affirmez que le Venezuela, riche en pétrole, ne peut pas l’être non plus. Qui peut l’être alors ?

Le Venezuela a beaucoup de ressources naturelles, mais le pays a été appauvri par la corruption. Le radicalisme de Chavez est la conséquence d’un long processus historique, marqué par les abus de la classe politique. De plus, le Venezuela a aidé beaucoup de pays voisins dépourvus de ressources.

En évoquant cela, l’Uruguay a été un des grands bénéficiaires de la pétrodiplomacie de Chavez, n’est-ce pas ?

Je suis un ami de Chavez. Un bon ami. Je suis en désaccord avec lui sur certains aspects de sa politique, mais je le respecte. Le Venezuela a une économie complémentaire de la notre. Par ailleurs, on ne peut pas sous-estimer un pays qui a tant de ressources énergétiques. Les vénézuéliens nous aident en vendant le pétrole sur 15 ans avec un intérêt dérisoire de 2% par an. Je ne me souviens pas avoir vu un gouvernant nous tendre la main comme le fait Chavez. Je serais une commère, si je disais du mal de lui.

Chavez essaie de faire taire les critiques en fermant les radios et les télévisions. Que devrait faire un dirigeant lorsqu’il est critiqué par la presse ?

Rien. Il doit supporter. S’il réagit, il perd deux fois, parce qu’il sera attaqué de nouveau. Il doit tourner la tête. J’ai beaucoup souffert des attaques et des accusations durant la campagne électorale. J’ai tenu le coup et continué à parler de ce qui intéressait les gens. Selon moi, les journalistes doivent agir avec honneur. Après, chaque lecteur ou téléspectateur doit interpréter ce qu’il a lu ou regardé. Chacun, avec sa subjectivité, interprète à sa manière les informations qu’il reçoit. Plus la population est éduquée et qualifié, plus il y a de diversité d’opinion. Quand un dirigeant tolère la diversité d’opinion, la presse fini par se montrer respectueuse. En revanche, quand il se radicalise, tout va à veau-l’eau. Dans ce cas précis la presse engage une lutte et cela devient dangereux.

L’Etat doit-il créer des instruments de contrôle de la presse ?

En aucun cas. La meilleure loi de la presse est celle qui n’existe pas.

Quels principes devraient être respectés par un gouvernement ?

L’idéal serait d’avoir une politique stable, clairvoyante et prudente avec des règles claires et définies. Certaines mesures ne doivent pas faire tomber des gouvernements. Par exemple : veiller à l’équilibre fiscal, maintenir une politique économique austère et ne pas jouer avec l’inflation. Ce sont des facteurs qui ne doivent plus être discutés, ni par la droite, ni par la gauche, ni par le centre. Les divergences idéologiques doivent se restreindre à la meilleure façon de distribuer les richesses.

Comment peut-on y parvenir ?

La croissance économique avec une condition sine qua non, la redistribution des richesses. Le problème est que cela n’amène pas toujours à la réduction de la pauvreté et des inégalités. Un bon gouvernement doit veiller à ce que cela arrive.

* L’Avant-garde de l’armée révolutionnaire Palmares, était une guérilla brésilienne d’extrême-gauche qui a combattu le régime militaire de 1964.

Entretien réalisé par Duda Teixera.

Source : Veja

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3 réflexions sur “Pepe Mujica

  1. J’ai eu le même sentiment lorsque j’ai lu l’interview. Il est atypique à double titre, en tant que Président et en tant que socialiste !

  2. il s’est laissé manipuler par cet interview visiblement orientée et de droite, et qui véhicule plein de stéréotypes, et fait l’impasse sur les choses les plus importantes.

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