Un thé controversé


Le meurtre du célèbre caricaturiste brésilien Glauco et de son fils Raoni  par un jeune homme de 25 ans, a révélé les limites de la tolérance religieuse au Brésil.

Les protagonistes étaient tous trois membres de l’église Ciel de Marie, fondée dans les années 90 par le dessinateur. Cette branche du mouvement religieux Santo Daime, un culte crée au cœur de l’Amazonie dans les années 30 par Raimundo Irineu Serra, mélange culture indigène et foi chrétienne.

Les cérémonies de cette église syncrétique, qui compte environ 19.000 adeptes et de multiples ramifications au Brésil, consistent entre autre à honorer trois rituels : La fabrication d’un thé hallucinogène, la méditation ou concentration, qui dure environ deux heures, et la célébration accompagnée d’hymnes religieux.

Le maitre de cérémonie ou Padrinho et ses auxiliaires se chargent de veiller à la discipline et au bon déroulement du rituel.

Les participants à la cérémonie chamanique se regroupent autour d’une table en forme d’étoile où scintillent des bougies, des pierres transparentes et des symboles religieux, au centre trône la croix de Caravaca.

Santo-Daime

Les hommes et les femmes sont séparés en groupes. Le sexe est prohibé trois jours avant et trois jours après le travail religieux.  De nature rythmique et répétitive, les chants ou hymnes qui entourent le rituel, guident le voyage des adeptes.

Des files sont formées pour recevoir le thé et le boire quand le signal est donné.

Consommé depuis des siècles par les indiens dans un but divinatoire, l’ayahuasca, communément appelé thé de Santo Daime, est un breuvage composé de deux plantes originaire d’Amazonie. Ce thé à forte concentration de DMT, un puissant psychotrope, agit directement sur le système nerveux central.

Ayahuasca

C’est précisément ce thé que le tueur a consommé alors qu’il avait de graves antécédents psychiatriques et une addiction aux drogues. Il avait été recueilli dans cette communauté par le dessinateur dans le but de le délivrer de ses démons.

Cela a produit l’effet inverse, Carlos Eduardo qui souffrait d’une schizophrénie aigüe a consommé un produit hallucinogène durant les trois années où il fréquentait la secte. Jusqu’au jour fatidique du 12 mars, où, pris d’une folie meurtrière, Carlos abatte le leader de l’Eglise et son fils. L’assassin, qui pensait être la réincarnation de Jésus, a été arrêté à la frontière avec le Paraguay après un échange de tirs avec la police.

Ce fait-divers qui a choqué l’opinion a relancé le polémique sur la dépénalisation d’hallucinogènes en tant qu’objet de culte.

Il est utile de rappeler que le Brésil jouit d’une grande liberté religieuse donc le débat sur le phénomène sectaire ne se pose pas.

Pour ce qui est de la consommation du thé, la législation varie d’un pays à l’autre.

L’alcaloïde N,N-diméthyltryptamine ou DMT contenu dans le breuvage à été classé comme stupéfiant par la convention de Vienne de 1971 et ratifiée par 179 pays à l’ONU.

En France, l’Ayahuasca a été inscrit au registre des stupéfiant depuis 2005.

Au Brésil, le Conseil National de Politique sur les Drogues a reconnu en 2004  la légitimité de l’usage du thé à des fins religieuses.

L’ex-ministre de la culture et célèbre chanteur Gilberto Gil avait également milité pour classer l’ayahuasca dans le patrimoine culturel.

La tradition chamanique étant reconnue et légalisée, reste à en contrôler l’usage parmi les personnes vulnérables.

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