Justice aveugle


Vitória, 16 mars 2009

Le bus Transcol qui fait la ligne Jardim Camburi – Laranjeiras est souvent bondé. Les travaux qui ont lieu sur la voie publique et la chaleur étouffante n’arrangent rien. Plus il y a de ralentissement, plus il y a de gens aux arrêts. Le trafic est dense, la patience des usagers est mise à mal. Que faire ? Marcher pour arriver à destination ? Hors de question, la fatigue et la distance aura vite raison des plus téméraires.

Elza de Conceiçao n’a pas le choix, avec 300 réais par mois pour nourrir une famille nombreuse, il reste très peu de marge pour prendre un autre moyen de transport.

Encore un arrêt et puis un autre, le voyage n’en finit plus ! La promiscuité, la température, le temps qui s’allonge et cette douleur au pied. Elza est exaspérée et fatiguée de devoir subir ses désagréments en plus de son labeur. Elle sent la rage monter, d’habitude elle serre les dents jusqu’au point d’arrivée mais aujourd’hui elle n’en peut plus. Le chauffeur de bus avec ses lunettes noires et son visage inexpressif ne semble pas troublé par l’enfer qu’ils vivent à l’intérieur, le coupable est trouvé, elle doit s’exprimer : «Il n’y a qu’un noir (preto en portugais, qui équivaudrait à nègre en français) pour faire une chose pareille !

Comment ? stupeur dans le bus. Le chauffeur n’en croit pas ses oreilles et demande à Elza de répéter ce qu’il vient d’entendre.

Oui, il n’y a qu’un noir pour faire une chose pareille. répète Elza sans se départir».

Le chauffeur freine fait descendre les passagers et appelle la police. La version du chauffeur est corroborée par les nombreux témoins du bus.

Elza est arrêtée en flagrant délit et emmenée au commissariat pour être ensuite transférée dans la prison pour femme de Tucum à Cariacica.

Version démentie par une des filles d’Elza, qui a recueilli le témoignage de sa mère au poste de police. Cette dernière aurait répondu au chauffeur qui exigeait qu’elle passe par le tourniquet malgré sa douleur au pied : « tu restes là avec tes lunettes noires sans voir ce qui se passe ici ». Il n’aurait entendu que le mot noir, d’où le malentendu.

Le commissaire Márcio Malheiros Lucas de Oliveira, a décidé d’appliquer la loi à la lettre et de suivre la procédure. Il n’y a pas de demi-mesure en droit.

Pour une injure la loi (article 140 du code pénal) prévoit une peine de un à six mois de détention. Si l’injure est qualifiée de raciste la peine encourue est de un à trois ans de prison avec paiement d’une amende.

Cette mère de sept enfants sera-t-elle victime d’une interprétation erronée de cet article de loi ?

Petit détail qui a son importance, Elza est noire.

On espère que la justice ne sera pas aveugle.

Pas au sens figuré, vous l’aurez compris.

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Sources : A veja, A Gazeta

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2 réflexions sur “Justice aveugle

  1. Elza aura donc passé 3 jours en prison. Si elle avait été blanche et « riche », aurait-elle été jetée en prison pour les mêmes faits ?

    Bon, c’est une question toute théorique, puisque si elle avait été « riche », elle n’aurait sans doute pas pris le bus…

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